
Pédagogie lasallienne et sciences de l'éducation:
Auteur : « Alain Wallon »
1. d’une pensée novatrice a l'instauration d'une"science":
A. de Charles Démia et J.B de la salle au XVII è siècle:
Charles Démia (1637-1689) était un des pédagogues du XVII è siècle qui s'inquiétait des insuffisances de l'éducation. Il l'exprima dans les "remontrances faites à Messieurs les Prévosts des Marchands, Echevins et principaux habitants de la ville de Lyon, touchant la Nécessité et Utilité des Ecoles Chrétiennes pour l'instructions des enfants pauvres en 1666.
A partir de 1677, il ouvre de nombreuses écoles gratuites, auxquelles il donna une organisation. Il crée une structure pour s'informer les maîtres qu'il regroupe dans une confrérie, forme première d'un syndicat. Il publie un ensemble de textes pédagogiques qui ressemblent à la conduite des écoles de J.B de la salle.
Moins audacieux que ce dernier, il élabore de manuels scolaire et des livres pour le maître, il crée un système de groupes de niveau qui sera repris par J.B de la salle. Il s'agit du renouvellement de l'enseignement mutuel de Comenius. Apparaissent les idées de <<contrôle continu>> et de « formation permanente ».
J.B de la salle (1651-1719) est plus connu que Charles Démia grâce à son « institut des Frères des Ecoles Chrétiennes ».
Considéré comme le créateur de l’enseignement populaire, il s’occupa des écoles deux ans plus tard que Démia.
La création de son institut des F.E.C. est significative de la mise en place d’une pédagogie uniformisée avec une formation adéquate des Frères enseignants. Des dons et legs assurent le financement des écoles pour les pauvres dont la réussite attirera les enfants des familles fortunées.
Ses écrits pédagogiques, déjà cités en Première partie, sont à rappeler compte tenu de leur importance. Il s’agit de la « conduite de écoles » écrit en 1706 et publié en 1720, et de très nombreuses lettres et méditations également publiées. On pourra en consultant l’annexe 2 apprécier la diversité des thèmes abordés par J.B. de la Salle.
Ses principes sont tournés vers le physique, l’intellect la morale et la religion. Tout est décrit dans le détail avec la méthodologie.
Son mode d’enseignement « simultané dit également « collectif » était appliqué en Français. Le nombre important de Frères permit de répartir les élèves par classes où l’homogénéité de l’auditoire était recherché.
La fonction pédagogique était liée à un certain nombre de vertus souhaitables et de défauts à éliminer. Il en fit un inventaire.
Précédant Jules Ferry, il rendit ses écoles « gratuites » et les envisagea « obligatoires ».
B. J.B. de la Salle et l’invention pédagogique
C’est au XVII è siècle qu’une prise de conscience claire de l’enjeu social et religieux se manifeste par rapport à l’Ecole. Précédemment, il n’existait pas de congrégations spécialisées. J.B. de la Salle représente une étape de réflexion sur la finalité de l’enseignement. Il établit les liens entre l’éducation et l’instruction.
L’Ecole des pauvres
La masse des enfants à instruire faisait peur. N’allait-on pas dans un effort de scolarisation recruter n’importe quoi ? Y aura-t-il encore des bras pour cultiver la terre, si tous peuvent prétendre à l’écriture ou au négoce.
Les arguments en faveur de l’instruction des pauvres sont surtout d’ordre moral, dans la lignée de la réforme catholique. On pense que le pauvre gagnera par le savoir, un minimum de conscience et donc de dignité.
Les Ecoles en exercice
La notion d’Ecole permanente n’existait pas. Elle reste saisonnière et l’alphabétisation peu efficace est sans effet à l’âge adulte par absence de pratique de la lecture et de l’écriture.
Seuls les « huguenots » menacés ont à cœur d’instruire leurs enfants pour qu’ils gardent la foi réformée. Les écoles de paroisse sont fréquentes à la campagne. Mais les maîtres d’écoles se font payer et chaque année l’embauche et liée au bon vouloir des paroissiens.
Les F.E.C. avec leur idéal de scolarisation trouvent face à eux les pauvres eux-mêmes dont les enfants sont utiles à la maison et dans les ateliers, et les maîtres écrivains pour cette concurrence déloyale. C’est pourquoi ils n’eurent pas l’idée de généraliser leur école.
Instruction et éducation
L.B. de la Salle était convaincu que l’instruction élémentaire était le support d’une part de la civilité et d’autre part de la piété.
Son combat contre l’ignorance fut un combat religieux. Par la prière et la méditation, l’élève pouvait transposer sur le plan surnaturel le terre à terre quotidien. « Il S’agit donc d’une méthode, d’une pédagogie, pour imprégner l’enfant du sentiment de l’importance de son destin ».
Formation des maîtres
Initiateur des Ecoles Normales, il crée dès le début de son Institut (1680), des séminaires pour former des maîtres pour la campagne. En 1718, un institut de formation se fixe à Saint-Yon près de ROUEN, où il joue son rôle de maison centrale pour le noviciat des maîtres. Les hommes qui le fréquentent vivent en communauté, sans être prêtres et s’engagent au laïcat. Vivant au milieu des familles pour l’instruction des enfants, ils font de l’Ecole un lieu proche, familier et accessible.
Les vertus pédagogiques définies par J.B. de la Salle
Dans la pratique, le maître en dehors des principes moraux qu’il doit respecter, fera que les élèves ne devront jamais se sentir seuls. D’où la règle du silence avec tout ce qu’elle peut comporter dans les attitudes quotidiennes. Il ne s’agit pas du silence Monacal, mais de comportements graves qui limiteront la dispersion.
La journée doit être parfaitement organisée. Tout est prévu, sécurisant. Pas d’improvisations. Ce système éducatif visait à amener l’élève à intérioriser ce qu’il voyait et à acquérir une concentration et une maîtrise de soi. Nous nous trouvons à l’opposé du système « rousseauiste » avec le nom encadrement où on laisse l’élève découvrir.
Les moyens de l’apprentissage
L’usage obligatoire du français, plus facile à apprendre, soulèvera des tempêtes des éducateurs ecclésiastiques. Son syllabaire en français paraîtra sans autorisation, mais fera rapidement autorité.
Le principe de la méthode d’enseignement « simultanée » est basé sur trois groupes de niveau des procédés mutuels. Les plus forts servant de moniteurs aux plus faibles. Le travail devient collectif, alors qu’il était habituellement individuel.
Techniquement pour la lecture, il fait utiliser la méthode analytique (assemblages de lettres en syllabes et de syllabes en mots) afin que deux années plus tard l’élève puisse lire le « Psautier de David » dont J.B. de la Salle réalisera une édition pour ses écoles.
Pour l’écriture, on s’exerce sur des tablettes qui peuvent s’effacer car le papier est cher.
Pour l’arithmétique, les Frères introduiront l’usage du tableau noir, visible pour toute la classe.
Le chant, la musique et le dessin seront pratiqués comme distraction.
Pour toute étude, les exercices sont cent fois répétés, notamment le soir à la maison.
J .B. de la Salle et ses Frères posèrent les problèmes pédagogiques de leur époque. Ils les ont résolus avec les moyens de leur temps, à la lumière des problèmes quotidiens
C. L’institutionnalisation des « sciences de l’éducation » en 1883
Les éléments préparatoires aux lois de Jules Ferry de 1881 sur la laïcité sont des éléments de séparation.
On distingue ce qui relève de l’Etat de des églises d’une part et du public et du privé d’autre part.
L’Etat va continuer de reconnaître les besoins religieux et la légitimité sociale de la religion. Dans sa lettre célèbre aux instituteurs, Jules Ferry écrivit « l’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école ». Parlant des domaines de compétences il précisa celui « des croyances qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances qui sont communes et indispensable à tous, de l’aveu de tous ».
La loi du 28 mars 1882 inscrivait l’instruction morale et civique parmi les matières d’enseignement et elle stipulait que l’enseignement religieux était dispensé en dehors du temps et des locaux scolaires.
Toutefois, les crucifix restèrent aux murs de classes et les « devoirs envers Dieu » dans les programmes.
Seule la loi de 1905 marquera l’indifférence de l’état au fait religieux. Dès la dernière décennie du XIXème s, l’anticléricalisme faiblit du fait de la progression de la libre pensée. Même au sein de l’école Catholique, un relatif accord avait lieu concernant la laïcisation de l’Ecole et de l’Education.
Ferdinand Buisson admettra d’élever l’élève au sentiment religieux : « la religion nous apprend en conséquence à faire consister (…) l’éthique dans l’effort moral, la religion elle-même dans l’effort de la conscience religieuse, en d’autres termes dans la somme de l’effort humain pour réaliser le bien dans la vie intérieure et le bien dans la vie sociale, deux fins réductrices aussi nécessaires l’une que l’autre au véritable développement soit de l’individu, soit de l’humanité ».
La science de l’éducation connaîtra un début d’institutionnalisation en 1883-1884, par Jules Ferry. Elle participa à la formation des instituteurs et professeurs.
Cette élaboration d’une science nouvelle était liée à une politique de réforme en profondeur de l’instruction et de l’éducation. Une structure administrative se constitua pour stabiliser une science qui ne répondait pas dans un premier temps à la demande de professionnalisation de l’enseignement.
La science de l’éducation constituera le point d’orgue de la morale laïque en vue d’éduquer le futur citoyen. Un homme nouveau devait naître au sein de l’Ecole laïque et de l’Université Républicaine.
Très vite des hommes comme J. Proust à propos de la sécularisation de l’enseignement réagiront ainsi : « A la domination de l’Eglise, ne devait pas se substituer la domination de l’Etat ».
Il s’agit donc de former des pédagogues. « La qualité de pédagogue, c’était comme la grâce
Selon St Paul : aux élus, elle était donnée par surcroît ».
E. Durkheim et F. Buisson constitueront les deux grandes figures de la morale laïque.
Emile Durkheim dans « le Nouveau Dictionnaire de la pédagogie » stipule : « du moment que l’éducation est une fonction essentiellement sociale, l’Etat ne peut s’en désintéresser (…) Ce n’est pas à dire pour cela qu’il doive nécessairement monopoliser l’enseignement ».
F. Buisson insistait sur le fait que l’Ecole n’était plus seulement « mixte quant au culte » mais qu’elle était dorénavant « neutre quant au culte ». Et sur l’exigence de savoir « où commence et où finit la laïcité » ?
Dans cet esprit les congrégations sont devenues inacceptables. Il y a donc une farouche opposition au clergé et notamment aux dogmes religieux.
Les manuels scolaires d’origine laïque ou religieux contenaient une morale commune sur le fond. Il s’agissait :
- des devoirs envers le prochain, la famille, la Patrie et Dieu.
- de l’amour du travail.
- Du respect des règles d’hygiène.
…
Dépouillée des dogmes, l’éducation trouve sa fin en constituant en nous « l’être social ».


